Starlink révolutionne les communications en mer… mais complique parfois l'accès à l'avis médical
Le bon équipement ne suffit plus !

L'arrivée de Starlink sur les voiliers et bateaux de plaisance constitue une véritable révolution. Pour la première fois, de nombreux navigateurs disposent d'un accès Internet haut débit, même à plusieurs centaines de milles des côtes.
Navigation, météo, visioconférence, messagerie, téléchargement de fichiers : tout devient plus simple.
Cette évolution conduit naturellement de nombreux plaisanciers à abandonner les solutions satellitaires traditionnelles comme Iridium.
Pourtant, cette modernisation cache une difficulté rarement évoquée : l'accès à l'assistance médicale en mer.
Avec Iridium, le téléphone restait… un téléphone
Les téléphones Iridium permettaient de joindre directement un correspondant sur un numéro fixe ou mobile, partout dans le monde.
En cas d'urgence médicale, le navigateur pouvait contacter directement un Centre de Consultation Médicale Maritime (TMAS /CCMM), ou être mis en relation par un Centre de Coordination de Sauvetage Maritime (MRCC- CROSS).
La communication vocale restait relativement simple à établir.
Avec Starlink, tout passe par Internet
Starlink fournit une connexion Internet performante, mais ne remplace pas automatiquement une ligne téléphonique classique.
En pratique, la plupart des plaisanciers utilisent WhatApp ou une autre messagerie grand public.
Ces applications fonctionnent parfaitement… lorsque les deux correspondants utilisent la même application.
En revanche, appeler directement un numéro français en 06 ou un numéro fixe nécessite une solution de téléphonie IP spécifique, rarement installée à bord des bateaux de plaisance.
Une difficulté pour l'avis médical en mer
En France, le Centre de Consultation Médicale Maritime (CCMM) assure les téléconsultations médicales destinées aux marins et aux plaisanciers faisant face à un problème médical en mer.
Mais le CCMM ne propose pas actuellement de consultation via WhatsApp ou autre messagerie sécurisée.
Paradoxalement, un plaisancier équipé de Starlink peut facilement contacter un service de téléconsultation terrestre (par exemple via Hellocare,Doctolib, ou une plateforme d'assurance) en visioconférence ou par messagerie. Techniquement, cela fonctionne souvent très bien.
En revanche, cette solution ne remplace pas le recours au Centre de Consultation Médicale Maritime (CCMM) pour plusieurs raisons :
- le médecin de téléconsultation n'est généralement pas formé à la médecine maritime ;
- il ne connaît pas les contraintes de l'isolement en mer (absence d'examens complémentaires, pharmacie de bord, délai avant une évacuation) ;
- il n'est pas en relation avec les centres de coordination des secours maritimes ;
- il ne peut pas participer à la décision d'une évacuation médicale ou conseiller un MRCC sur l'opportunité d'un déroutement ou d'une hélitreuillage.
Le navigateur en difficulté et équipé uniquement de Starlink sera tenter de contacter un MRCC qui dispose WhatsApp (pex Cross Gris Nez),et de demander l'établissement d'une communication à trois avec le CCMM.
Dans la réalité ,cette solution de dépannage présente plusieurs limites :
- la qualité sonore est parfois médiocre et rend la transmission des inforamtions difficiles ;
- l'impossibilité de transmettre certains documents selon les configurations.
- l'absence de vidéo bien utile pour le médecin lors des téléconsultations.
Or, lors d'une urgence médicale, la qualité des échanges est essentielle.
Un paradoxe technologique
Paradoxalement, les communications Internet sont aujourd'hui bien meilleures que les anciennes liaisons satellitaires.
Mais les procédures d'assistance médicale reposent encore largement sur la téléphonie traditionnelle.
Le résultat est surprenant : un plaisancier disposant d'une connexion Internet très performante peut rencontrer davantage de difficultés pour joindre rapidement le centre de consultation maritime qu'un navigateur équipé d'un simple téléphone Iridium.
Quelles évolutions ?
L'arrivée massive de Starlink sur les navires de plaisance invite probablement à faire évoluer les procédures de téléassistance médicale.
Plusieurs pistes pourraient être envisagées :
- ouverture de numéros accessibles via les principales applications VoIP ;
- mise en place de plateformes sécurisées de téléconsultation compatibles avec les connexions Internet satellitaires ;
- protocoles standardisés entre les MRCC et les TMAS pour les appels utilisant des applications Internet ;
- diffusion auprès des plaisanciers de recommandations précises sur les moyens de communication à privilégier avant un départ hauturier.
L'arrivée de Starlink ne remet donc pas en cause l'utilité du CCMM. Elle souligne plutôt la nécessité d'adapter les moyens de communication entre les navigateurs et les services de médecine maritime.
Dans l'attente de ces évolutions, les situations médicales non urgentes semblent plus facilement prises en charge par les plateformes de téléconsultations classiques opérées par des médecins aguerris à la santé en mer.
Le bon équipement ne suffit plus
Avant un départ au large, il devient indispensable de vérifier non seulement la couverture Internet du bateau, mais aussi les moyens permettant de contacter rapidement un service médical ou un centre de coordination des secours.
La révolution Starlink est bien réelle. Il reste désormais à adapter les procédures d'assistance médicale maritime à cette nouvelle façon de communiquer.





